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Les singes pourraient parler. D'ailleurs, écoutez-les.

D'où vient cette assertion selon laquelle l'appareil vocal des singes leur interdit tout langage articulé, à la différence de celui des humains, avec ses cordes vocales ? « D'analyses post mortem, rappellent les auteurs de cette étude qui vient de paraître dans la revue Science. Et elles sous-estiment fortement les capacités vocales des primates ». Cette équipe, pour la première fois, semble-t-il, a observé aux rayons X des macaques durant 99 « configurations de l'appareil vocal » : l'émission de vocalisations, par exemple, mais aussi des mouvements des lèvres ou des expressions du visage impliquant la bouche.
 
Avec cet ensemble de données, les chercheurs ont créé un modèle numérique reproduisant cet appareil vocal -- ce qui avait déjà été fait mais à partir d'un moulage post mortem. L'idée est d'en explorer les capacités, puisqu'il n'est pas certain que les singes les exploitent toutes
 
Résultat : les performances possibles de vocalisations des macaques, exprimées en fréquences et en variations de fréquences sont bien plus étendues que ce qu'avait indiqué le précédent modèle établi sur un moulage post mortem. Les graphiques publiés dans Science montrent une comparaison avec une voix humaine féminine. Les deux diffèrent largement en tonalité mais les capacités des macaques apparaissent vastes. Bien plus qu'on ne le pensait et, surtout, davantage que ce qui est observé dans la nature. Conclusion : s'ils le voulaient, les macaques pourraient s'exprimer avec un langage articulé.
 
Devant le bruit d'un dogme qui tombe, le scientifique s'enthousiasme et son esprit entre en ébullition. De nouvelles questions se posent et il faut maintenant les résoudre. En effet, pour supporter l'idée que la physiologie du tractus vocal doit être le facteur limitant de l'absence de langage chez nos cousins primates, il y avait de bonnes raisons. Il apparaît que les primates sont bien capables d'abstractions, de manipulations de mots et même d'une syntaxe
 
La gorille femelle Koko connaît 2.000 mots, exprimés avec le langage des signes, qu'elle utilise en fabriquant des petites phrases. C'était justement l'étude de cette primate, vivant avec les humains depuis son enfance, qui avait déjà mis les scientifiques sur la piste de capacités insoupçonnées du système vocal des singes. Le lecteur intéressé pourra revenir à l'histoire de la pionnière, la guenon Washoe, à laquelle nous avions rendu hommage au moment de son décès, en novembre 2007, et à celle des chimpanzés qui ont participé aux expériences de Roger Fouts et des époux Premack dans les années 1970.
 
Nous avons aussi rapporté le cas de cercopithèques qui disposent d'une petite syntaxe, utilisant des suffixes. Ainsi, pour eux, Krak signifie « attention, léopard », Hok « attention, aigle » et Boum « pas de prédateur ». Mais Hok-oo veut dire « il y a quelque chose en haut tout près » et Krak Hok-oo « attention, il y a un léopard en haut ». Pour annoncer l'éloignement définitif de ce dangereux chasseur, un cercopithèque prononcera Krak Boum-Boum.
 
Si, donc, plusieurs espèces de singes ont à la fois ces capacités cognitives et physiologiques, pourquoi ne parlent-ils pas ? Pour les auteurs de l'étude, la réponse se trouve dans le cerveau où il manquerait les circuits neuronaux commandant les muscles de l'appareil vocal. De la même manière que nous ne savons que très mal bouger nos oreilles, les singes ne parviennent que trop imparfaitement à contrôler leur musculature de la bouche, de la langue et du larynx. Affaire à suivre, sans doute...
 
Koko, le célèbre gorille femelle qui utilise le langage des signes, sait aussi contrôler en partie ses productions sonores et son souffle. C'est ce qu'affirment deux chercheurs qui ont étudié la gestualité de cet animal sur d'anciennes vidéos. Inconnue chez les singes, cette capacité est un des éléments du langage parlé. L'observation a de quoi enrichir nos connaissances sur l'histoire de l'apparition de la parole au sein de la lignée humaine.
 
La célébrissime Koko étonne encore. Née en 1971, cette gorille femelle vit parmi les humains pour une longue expérience menée par Francine Patterson. Koko utilise le langage des signes (connaissant un millier de mots d'après l'équipe qui s'occupe d'elle) et comprendrait 2.000 mots. Elle n'a pas été la première à utiliser l'ASL (American Sign Language). La pionnière du genre fut Washoe, une femelle chimpanzé, qui apprit ses premiers mots à la fin des années 1960. Koko a été longuement filmée en de multiples occasions, études scientifiques ou moments particuliers, comme sa rencontre avec l'acteur Robin Williams ou sa réaction à l'annonce de la disparition de la chatte qui était son animal de compagnie.
 
Un jeune chercheur, Marcus Perlman, a entrepris (à partir de 2010) d'étudier la gestualité de Koko sur des bandes vidéos anciennes (car l'animal mène désormais une vie tranquille) réalisées à la Gorilla Foundation, créée pour faire vivre Koko. C'est cependant dans un autre domaine qu'il a observé un phénomène surprenant : les productions sonores de Koko semblaient parfois contrôlées, en fréquence et en puissance.
 
Au total, Marcus Perlman et Nathaniel Clark ont observé 439 « comportements liés à la respiration et à la vocalisation » (vocal and breathing-related behaviors), ou VBB. On est très loin de la parole et il faut être éthologiste pour s'intéresser, par exemple, à cette séquence où Koko tousse sur commande, donc volontairement. Pour un humain, cela n'a rien de surprenant mais, expliquent les chercheurs, l'opération exige de fermer le larynx, ce qu'un singe n'est pas supposé faire. Koko a également éternué comme on le lui demandait, désembué un verre de lunettes en soufflant dessus et mimer une conversation téléphonique en chuchotant.
 
L'équipe décrit quelques-uns de ces comportements dans un communiqué de l'université de Wisconsin-Madison et vient de publier ses résultats dans la revue Animal Cognition. Des dizaines de vidéos sont disponibles sur YouTube montrant Koko en action. Les auteurs de l'étude citent celle où elle joue de la flûte (présentée ci-dessus) et se met à souffler plus fort lorsque la personne à côté d'elle le lui demande. En tout, neuf « VBB » différents ont été repérés parmi les 71 heures de vidéos étudiées.
 
Que peuvent nous apprendre ces observations ? Que les capacités nécessaires au langage parlé ont peut-être commencé à apparaître non pas dans la lignée humaine mais bien avant, chez nos ancêtres communs avec les grands singes. « L'idée actuelle est que rien de ce qui touche au langage parlé n'existe chez les singes, commente Marcus Perlman dans le communiqué de l'université. Donc que le langage parlé a évolué entièrement au sein de la lignée humaine, après la séparation d'avec les chimpanzés. » Selon lui, les orangs-outans sont capables eux aussi de prouesses de ce genre. Cette capacité à contrôler son souffle et ses vocalisations serait donc partagée par tous les grands singes.
 
D'autres observations de ce genre ont été faites ahttp://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-singes-pourraient-parler-ailleurs-ecoutez-les-59388/?utm_content=buffer2824b&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=bufferu-delà des anthropoïdes, menant à la même conclusion d'une grande ancienneté des capacités liées au langage parlé, par exemple après la découverte que les singes-écureuils sont sensibles à la musique. En 2009, des chercheurs découvraient même un embryon de syntaxe chez des cercopithèques.

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