C’est donc terminé les cheveux longs ?

Oui et depuis longtemps ! J’ai coupé mes cheveux en 1995, un an après la sortie du film Un Indien dans la ville. Pour l’anecdote, ma mère en a retrouvé quelques-uns il y a quelques jours, en sortant les guirlandes de Noël. Maintenant, je porte les cheveux rasés. Bon, je n’ai trop le choix, ils tombent tout seuls.

C’est pourtant grâce à vos cheveux longs que vous avez obtenu le rôle de Mimi Siku…
 
C’est vrai que ça a beaucoup joué. Au départ, j’étais pressenti pour un rôle d’enfant dans la série L’instit avec Gérard Klein. Ils étaient prêts à me prendre, mais il y avait une condition : que je me coupe les cheveux. C’était hors de question ! Du coup, ils ont pris quelqu’un d’autre. Mais j’avais, semble-t-il, marqué les esprits. Quelque temps après, la casteuse m’a rappelé pour me proposer un rôle d’enfant avec le teint mat, les cheveux longs. C’était pour jouer Mimi Siku.
 
Rappelez-nous en deux mots l’histoire du film…
 
Mimi Siku, c’est un ado de 11-12 ans, élevé par sa mère en Amazonie. Un beau jour, son père débarque. Thierry Lhermitte, qui joue ce rôle, découvre alors que je suis son fils. Il décide de me ramener en France. Et me voilà dans les rues de Paris, avec mes habitudes d’Indien. Là, je découvre toutes les bizarreries de la ville. Je dois mettre des chaussures, je dois faire attention aux voitures, je ne dois pas lancer de flèches ni laisser courir des mygales.
 
Ce film d’Hervé Palud est sorti en 1994. Sauriez-vous nous dire combien de fois vous l’avez vu ?
 
Impossible de vous donner le nombre de fois exact, ni même la dernière fois, puisque je n’ai pas de télé à la maison. Mais il est certain que je l’ai regardé des dizaines de fois. Surtout que j’ai participé à la promotion à l’étranger. Du coup, je l’ai vu en anglais, en japonais, en espagnol, en allemand aussi. C’est marrant, d’ailleurs, les gens ne rient pas aux mêmes blagues. Après, oui, quand il passe à la télé en France, ça m’arrive de recevoir des SMS de proches qui me disent : « Tiens, je te vois à la télé ! » Et puis il y a mon célèbre « wakatépé ! » que je dis souvent dans le film…
 
Vous le dites encore ?
 
Moi, non ! Mais des trentenaires qui ont été marqués par le film, oui. J’ai aussi appris que certains surnommaient leur père « Baboune » ! C’est comme ça que j’appelle Thierry Lhermitte dans le film.
 
Vous avez aujourd’hui 35 ans. Que devenez-vous ?
 
Eh bien, je n’ai pas seulement changé de coupe de cheveux, j’ai aussi changé de voie. Je suis greffier dans un tribunal d’Ile-de-France, au service des majeurs protégés.
 
C’est que vous ne souhaitiez pas persévérer dans le cinéma ?
 
Disons que ça ne s’est pas présenté. J’ai fait quelques tournages, notamment dans la série Un et un font six. Puis j’ai arrêté les castings pour me consacrer à mes études. On me propose aussi régulièrement d’intégrer des émissions de téléréalité, mais ça ne m’intéresse pas, ça n’a rien d’artistique.
 
Mais pourquoi avoir choisi le droit ?
 
Quand j’étais enfant du spectacle, je voulais faire vétérinaire parce que j’adore les animaux, mais j’ai laissé tomber. J’ai passé mon bac, j’ai enchaîné les petits boulots en parallèle à mes études de droit : animateur dans un centre de loisirs, employé dans l’immobilier… Et puis j’ai pu rejoindre ma filière de formation en passant le concours de greffier. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret, j’adore ce que je fais, je travaille pour l’intérêt général.
 
Votre rôle de Mimi Siku semble vous coller à la peau. Racontez-nous les endroits les plus insolites où l’on vous a reconnu ?
 
Clairement lors d’entretiens professionnels. C’est un sujet qui revient forcément sur la table. Il faut dire que ça attire l’œil sur un CV. Lorsque j’ai intégré l’École nationale des greffes, on était une vingtaine de mecs seulement. Certains se sont amusés à taper mon nom dans Google et devinez ce qui ressort en premier…
 
Quels souvenirs avez-vous gardé du film ?
 
Ça va vous surprendre, mais je n’ai aucune cassette du film. Juste quelques photos du tournage et un clap de fin.
 
Vingt-deux ans après sa sortie, il vous rapporte encore un peu d’argent ?
 
Non, je ne touche plus rien. Les droits à la copie privée, c’est surtout les premières années que ça rapporte de l’argent.
 
Si un jour, quelqu’un lance l’idée d’un volet 2 d’Un Indien dans la ville, vous y allez ?
 
Ça avait un temps été évoqué, mais ça ne s’était pas fait. Si c’était du sérieux, ça me demanderait une grosse réflexion ! Cela me plairait de retrouver l’équipe du tournage et de retourner en Amazonie.