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La justice censure France Culture, témoin d'une audience «peu professionnelle»

La justice censure France Culture, témoin d'une audience «peu professionnelle»
Une journaliste de France Culture a exceptionnellement eu l'autorisation d'enregistrer une audience du tribunal de Marseille. Lors de ce procès en comparution immédiate, les magistrats ont dérapé et mis fin à l'accord. «Mediapart» dévoile l'intégralité de cet enregistrement.
 
«Vous n’avez plus aucune limite. C’est honteux, Monsieur. Il n’y a même pas de mots. On ne sait même pas comment est-ce [sic] qu’on arrive encore à vous regarder comme un être humain.» Voici le genre de propos qu’a pu enregistrer la journaliste de France Culture, Pascale Pascariello au tribunal de grande instance de Marseille (TGI).
 
Cette dernière a obtenu une autorisation exceptionnelle «d’enregistrer pendant plusieurs mois des audiences du TGI de Marseille, et d’en diffuser des passages, après avoir fait valider ses montages par les autorités judiciaires concernées», explique Mediapart dans un article publié ce jeudi 16 mars. Mais après la diffusion d’un procès en comparution immédiate pendant lequel les magistrats ont dérapé, le tribunal a rompu l’accord. Le motif : un montage biaisé. Pourtant, après avoir écouté le montage, la présidente de l’audience, Delphine Belmontet assumait.
 
Mediapart a pu récupérer l’intégralité de l’enregistrement, dans lequel on entend le prévenu de 18 ans reconnaître trois vols de téléphones portables appartenant à des adolescentes dont la plus jeune avait 12 ans. Pour y parvenir, il a violenté les victimes, provoquant des interruptions temporaires de travail inférieures à huit jours.
 
Au début, le prévenu semble complètement perdu. Il n’a pas pris ses médicaments. La présidente s’agace très vite. Après qu’elle a déclaré qu’on ne peut plus regarder ce jeune comme un être humain, ce dernier s’excuse longuement. Un discours peu convainquant pour la procureure, Brigitte Lanfranchi : «Vous êtes odieux et en plus, vous faites semblant de vous excuser. […] Il n’y a pas marqué sœur Teresa. À un certain niveau de gravité, je ne pardonne pas.»
 
Après le plaidoyer de l’avocate, qui explique que son client est sous traitement et que son casier est vierge, le prévenu n’est même pas autorisé à s’exprimer pour conclure l’audience. Il est condamné à cinq ans d’emprisonnement, dont quatre et demi ferme, avec mandat de dépôt. Le jeune homme a fait appel d’une décision «pas du tout adaptée», selon un magistrat cité par Mediapart. «Cette audience est effrayante, tellement elle est conduite de façon peu professionnelle. […] Il y a un manque d’humanité, de compassion, de subtilité. Un magistrat se doit d’être digne et loyal. Il ne doit pas donner son sentiment», explique-t-il avant d’ajouter : «Il est logique qu’un journaliste, face à tant d’éléments anormaux, diffuse l’audience, qu’il se sente une forme d’obligation déontologique de témoigner. Rompre la convention avec France Culture est aberrant. On nous a tendu un miroir. La justice préfère le casser.»
 
Plus globalement, l’auteur de l’article de Mediapart, Michaël Hajdenberg, interroge divers acteurs du monde judiciaire sur une procédure de comparution immédiate qui dure en moyenne 29 minutes, dont seulement six sont consacrées à la plaidoirie de l’avocat du prévenu. En France, une loi de 1954 interdit la captation de ces débats judiciaires, alors que cela est possible aux Etats-Unis, en Espagne ou en Norvège. France Culture avait l’occasion de les porter aux oreilles de tous, mais la justice a fait machine arrière, par peur de l’image qu’elle pouvait renvoyer.
 

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