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"La Caste", le livre qui dénonce Macron et son "hold-up sur l'Etat"

Dans « la Caste » (à paraître le 6 septembre à la Découverte), Laurent Mauduit, co-fondateur de Mediapart, surnomme le chef de l’Etat «Emmanuel Le Petit», en référence évidemment au «Napoléon Le Petit» de Victor Hugo, qui détestait le Second Empire, ses profiteurs et son chef. La comparaison entre le premier et le dernier des présidents élus de la République est pour le moins osée, exagérée sans doute.
 
Pourtant ce pamphlet est à lire d’urgence puisqu’il s’agit avant tout d’une enquête excellemment documentée sur le groupe, composé de hauts fonctionnaires et d’hommes d’affaires, qui a hissé Emmanuel Macron à l’Elysée. Une oligarchie néolibérale qui, après avoir réussi à imposer son idéologie, est parvenue à rafler le pouvoir politique. Si bien que, depuis mai 2017, elle gouverne effectivement la France, au risque, selon Laurent Mauduit qui l’étudie depuis des décennies, de faire bientôt sombrer le pays. Aussi bas qu’aux heures les plus sombres de son Histoire.
 
Le journaliste, qui dénonce les «pantouflages» suspects et les multiples conflits d’intérêts minant le pouvoir actuel, se réfère constamment à Marc Bloch, auteur en 1940 d’«Une étrange défaite» - cette débâcle militaire face à l’Allemagne hitlérienne que l’historien impute autant à l’incurie des généraux qu’à la corruption morale des grands commis de l’Etat. Cependant c’est un autre grand intellectuel, beaucoup moins attendu, qui donne la véritable ligne directrice de «la Caste»: Paul Ricoeur, dont Emmanuel Macron a été l’assistant pendant ses études.
 
Dans les années 60, le philosophe pointait, avec une étonnante prescience, les risques présentés par l’ascension parallèle de l’énarchie et du capitalisme de connivence.
"Le danger, aujourd’hui, écrivait-il alors, est que la direction des affaires soit accaparée par les oligarchies de compétents, associées […] aux puissances d’argent.»"
 
Or, cette menace s’est concrétisée, assure Laurent Mauduit. L’association, la fusion, a bel et bien eu lieu.
 
Profitant des privatisations, les hauts fonctionnaires de Bercy ont, à partir des années 1980, opéré d’abord un «hold-up sur le CAC 40». Voyez, dit le journaliste, tous ces pontes du ministère des finances qui sont devenus, du jour au lendemain, des PDG multimillionnaires. Puis, forts de ces succès, ils ont ensuite commis un «hold-up sur l’Etat», en s’imposant aux postes politiques les plus en vue, jusqu’à la victoire suprême du jeune inspecteur des Finances, Emmanuel Macron, «dernier avatar du bonapartisme français», sous la présidence duquel l’accaparement «par les oligarchies compétentes associées aux puissances d’argent» a atteint son apogée.
 
Voilà pourquoi, écrit Laurent Mauduit, il est urgent de refonder la démocratie française. En commençant par supprimer «cette machine à hauts fonctionnaires», l’ENA, dont la disparition est, à son avis, un prérequis à ce renouveau.

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