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Robert Evans, clap de fin pour un parrain

«Il y a trois versions pour chaque histoire : la mienne, la vôtre et la vérité. Et personne ne ment», déclarait crânement Robert Evans dans son autobiographie The Kid Stays in the Picture. Epitaphe toute prête pour résumer la trajectoire flamboyante, flambée, très américaine, façon Gatsby Le Magnifique (dont il chapeauta l’adaptation filmée en 1974), du magnat-enfant-terrible et symbole seventies du Nouvel Hollywood. Il est décédé à Beverley Hills le samedi 26 octobre à l’âge de 89 ans. Voix grave, physique avantageux, plus grand que nature, Evans avait tout à fait la gueule de l’emploi pour jouer l’antihéros troublant dans les films qu’il fit incuber comme patron du studio Paramount, puis comme producteur indépendant : le Parrain et Cotton Club de Francis Ford Coppola, Chinatown de Roman Polanski. Avec la chute inévitable qui s’ensuit.
 
Né à New York d’un père dentiste et d’une mère issue elle-même d’une famille aisée, Evans se destine initialement à une carrière d’acteur. Dans le biopic de l’acteur caméléon Lon Chaney l’Homme aux Mille Visages (1957), il incarne, comme rôle prédestiné, le légendaire producteur des années 20-30 Irvin Thalberg. Le déclic se produit sur le tournage de le Soleil se lève aussi (1957), adaptation d’Hemingway, où l’écrivain en personne, allié aux stars Ava Gardner et Tyrone Power, demandent à ce qu’Evans, embauché comme torero soit viré du tournage à cause de son mauvais jeu. Fin de non-recevoir du producteur Darryl F. Zanuck qui répliquera que «le gamin reste dans le film» (traduction littérale de The Kid Stays in the Picture), mais c’est assez pour faire réfléchir Evans et de le convaincre de traverser le miroir.
 
Ses autres qualifications comme employé dans la marque de sportswear de son frère sont alors suffisantes pour qu’on lui confie le poste de responsable de la production européenne chez Paramount, alors bonne dernière dans le classement des studios au box-office américain. Avec ses «instincts forts», selon Coppola, Evans se retrouve à la tête de Paramount et hisse ce dernier à la première place en donnant le feu vert à une enfilade de succès commerciaux et critiques comme Rosemary’s Baby, Love Story ou Harold et Maude. L’«instinct» consiste aussi à convaincre Polanski de réaliser son classique sur le bébé diabolique en lui envoyant en douce le roman-source avec le scénario d’un film sur le ski que le polonais, fan des pistes, était censé d’abord réaliser. A s’assurer que le Parrain dure bien 2h45 pour s’épanouir. Mais forte tête, Evans sera initialement peu convaincu par le casting d’Al Pacino en Michael Corleone ou à la photographie de Gordon Willis qu’il juge trop sombre.
 
Le succès de Chinatown le convainc de quitter Paramount pour devenir producteur indépendant : le thriller parano Marathon Man (1976) avec Dustin Hoffman est de bon augure pour ce nouveau virage mais les retrouvailles avec Coppola pour l’extravagant Cotton Club (1984), film de gangsters sis dans un club de jazz des années 30 méticuleusement recréé, accouchent d’un four commercial, criblé par les dépassements de budget. Les eighties ne seront pas tendre avec Evans, accusé de trafic de cocaïne en 1980 et entaché, mais sans en être pénalement responsable, par le meurtre de Roy Radin, co-producteur de Cotton Club. «Bob (Evans) avait toujours eu la prémonition que sa carrière atteindrait son sommet avant ses cinquante ans, puis déclinerait», déclarait Peter Bart à l’époque son ex-bras droit de Paramount.
 
Déclin confirmé avec des productions de plus en plus espacées dans le temps, et de moins en moins marquantes comme The Two Jakes (1990), suite de Chinatown, ou Sliver (1993) avec Sharon Stone et le Saint (1997) avec Val Kilmer. Mais le personnage Robert Evans continuait d’exister dans les mémoires, avec ses sept mariages (pendant quatre ans avec Ali McGraw, star de Love Story, qui le quitta pour Steve McQueen ; pendant neuf jours avec Catherine Oxenberg, star de la série Dynastie), sa légende de Don Juan rock’n’roll, parrain littéral d’Hollywood consulté par tout le monde et qui inspira des parodies aussi bien dans la série Entourage que dans le dernier film d’Orson Welles De l’autre côté du vent. Diminué par une attaque en 1998 mais de retour de façon inespérée avec le succès surprise de la comédie romantique Comment se faire larguer en dix leçons (2003), Evans se drapait encore dans sa légende dans ses dernières années, avec notamment l’adaptation en comédie musicale de The Kid Stays in the Picture. «Comment voudriez-vous mourir ?», lui demandait Vanity Fair en 2013. «Je ne voudrais pas».

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