«Dans les yeux d'Olivier», c'est un regard bleu clair, celui d'Olivier Delacroix, créateur de cette série documentaire de France 2. C'est aussi un regard aiguisé sur le monde. Une voix posée, une oreille attentive, pour un programme de haute qualité. Rare.
Bluewin: pour cette rentrée 2016 - 2017, continuez-vous la série documentaire «Dans les yeux d'Olivier»?
Olivier Delacroix: on a signé 10 numéros pour la 7e saison. Une émission hebdomadaire est en cours de développement et arrivera en 2017. Ce sera un rendez-vous avec des Français, des anonymes, avec le même ADN que «Dans les yeux d'Olivier», autour du témoignage et de l'humain. Bref, je vais être très occupé, les journées ne font que 24 heures. Heureusement, cet été, j'ai fait un break d'un mois et demi, auprès de ma femme et de ma fille, ce qui m'a fait le plus grand bien.
Aujourd'hui, vous faites figure d'OVNI télévisuel, avec vos documentaires incarnés, en immersion. Comment l'idée est-elle née?
Il n'y a pas eu de grosse gamberge autour de ce que je pouvais faire en télévision, car à la base je suis musicien et je n'avais pas une volonté farouche de faire de l'antenne. Tout a commencé en 2007 quand j'ai réalisé deux «Lundi investigation» pour Canal+, avec pas mal de caméras cachées. On me voyait donc à l'image. De là, j'ai été repéré et France4 m'a proposé la série documentaire «Nouveaux regards». J'ai accepté. Je m'intéressais à des tribus: les culturistes, les tatoués, les gothiques, etc. Les audiences étaient bonnes, mais je n'ai pas voulu passer pour le gars à dreadlocks qui interroge des gens un peu «border». J'étais déjà intéressé par d'autres choses. On a alors amorcé l'écriture de «Dans les yeux d'Olivier».
A la fin des années 1980, vous étiez chargé du choix des invités pour «Ciel, mon mardi!», présenté par Christophe Dechavanne. Cela vous a-t-il servi pour la suite, notamment pour être à l'aise dans tous les milieux?
Oui, j'ai appris énormément aux côtés de Dechavanne. J'ai fait mes armes là-bas: je cherchais des témoins. Mais je ne peux pas comparer ce travail-là avec celui d'aujourd'hui car, à l'époque, les témoins s'affrontaient entre eux, il y avait deux camps. Or, aujourd'hui, ce qui fait la qualité de mon programme, c'est que je laisse les gens s'exprimer, dérouler leur histoire. Ce sont des témoignages.
Votre look, original, permet-il aux gens de se sentir à l'aise et de se confier facilement?
Est-ce moi qui suis original ou est-ce les autres qui le sont? A part mes cheveux, je n'ai pas l'impression d'avoir un look extraordinaire. Je dénote peut-être un peu, mais au fond je suis quelqu'un d'ordinaire. Je suis à l'antenne comme dans la vie. Dans la file d'attente d'un magasin, je peux parler avec mon voisin. J'ai le contact très facile. Les autres m'intéressent, et l'attention que je porte aux autres doit se ressentir. Parfois, les gens me demandent si j'ai fait des études de psychologie, or j'ai fait des études de journalisme.
Dans un livre écrit en 2014*, vous racontez avoir traversé des épreuves personnelles très dures (le suicide de son père et la perte d'un enfant, NDLR). Vous ont-elles donné une capacité d'empathie supérieure?
Je ne pense pas avoir plus de capacité à comprendre ces épreuves, car je suis passé par là. Je portais déjà cet intérêt aux autres, avant de passer par là. On traverse tous des épreuves plus ou moins difficiles. J'aime parler, écouter, savoir qui est en face de moi. Je ne peux pas vous dire que ces épreuves-là ne m'ont pas forgé: cela a certainement fait de moi un homme différent. Mais je n'ai pas l'impression que tout cela m'ait construit d'une manière particulière. J'ai un intérêt profond à comprendre l'autre, la clef est plutôt là.
Raconter son histoire, exposer sa vie, cela joue-t-il le rôle d'une thérapie pour les gens que vous interviewez?
Je pense que l'exercice de se livrer pendant plusieurs jours est un exercice qui n'est pas donné à tout le monde. C'est particulier. Nos témoins sont amenés à une réflexion sur eux-mêmes qu'ils n'avaient souvent pas imaginée. Cela les amène à se pencher à nouveau sur des moments de leurs vies, ils rouvrent des portes, avec un recul, une maturité et un regard différents. Cela donne souvent lieu à une réflexion approfondie sur ce qui est arrivé. Il arrive parfois que des témoins dépassent les limites de ce qui doit rester leur jardin secret. Dans ce cas, on coupe au montage.
Comment faites-vous pour vous ressourcer, entre les tournages?
J'arrive à faire la séparation entre ma vie professionnelle et ma vie d'homme tout court. Il y a une implication dans le fait d'écouter les autres, mais cette implication est encore plus grande pour ceux qui se racontent. La clé du succès, c'est aussi de préserver une partie de sa vie pour continuer à se nourrir sentimentalement et intellectuellement. J'accorde du temps à ma famille. Je continue aussi à faire de la musique, mon prochain album va bientôt sortir**. Je fais du sport. Cela fait partie de mon équilibre, même si je passe pratiquement la moitié du temps hors de chez moi, en tournage.