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4 Juin 2018
C'est un coup de gueule que Sébastien Parisot partage sur son mur Facebook, et il y a de quoi :
Mme N., 71 ans, a été victime d’un AVC il y a 6 ans : un matin elle s’est réveillée en baragouinant un charabia pas possible. Plusieurs années d’orthophoniste, ainsi qu’un traitement médical bien conduit, lui ont toutefois permis de récupérer une diction parfaitement normale. En tant que maladie grave, l’AVC est pris en charge à 100% par la Sécu, au titre des ALD (affection longue durée).
Et justement, la semaine dernière je reçois un coup de fil d’un médecin conseil de la Sécu :
- Z’êtes le médecin traitant de Mme N. ?
- Oui, ça fait 2 ans.
- Contrôle sur dossier : vous avez renouvelé son ALD pour AVC l’an dernier, à ce que je vois... [ton accusateur]
- Heu, oui, sans doute... [moi, perplexe et méfiant]
- Est-elle hémiplégique ?
- Oh non !
- Aphasique ?
- Ah ben non plus, heureusement, on l’a soignée...
- Donc elle ne fait ni de kiné ni d’orthophoniste...
- En effet. Elle n’en a pas besoin.
- Je vois aussi qu’elle ne vous consulte pour renouveler son traitement que 4 à 5 fois par an, et le cardiologue 1 fois dans l’année.
- J’ai pas compté mais ça doit être ça, si vous le dites.
- Puisqu’elle n’a plus de séquelle de son AVC et qu’elle consomme peu de soins de santé, je vais mettre fin à son ALD.
- Vous déconnez ? Et ses traitements contre la tension, le cholestérol... et ses plaques d’athérome ?
- Ça ne fait plus partie du tableau pris en charge par la Sécu. Regardez les textes de 2011 et 2016 : en l’absence de séquelle à 5 ans, un AVC n’est plus une affection longue durée.
- Mais putain, si elle arrête ses traitements ça va récidiver, vous êtes d’accord ?
- Oui. Cependant les traitements ne font pas partie du tableau de...
- J’ai compris, là, votre tableau, mais concrètement elle ne coûte rien à la Sécu, cette patiente. C’est complètement con, non ?
- Ce n’est pas moi qui fais les tableaux, c’est la loi. Ses médicaments seront remboursés par sa mutuelle.
- Elle en a pas.
- Elle n’aura qu’à en souscrire une.
- À 71 ballets ? Avec des antécédents pareils ? Vous avez une idée de combien ça coûte ?! Elle a pas un rond, Mme N. Imaginez qu’elle arrête ses traitements à cause de ça...
- Je comprends. Mais le tableau, c’est le tableau. Et rassurez-vous, confrère : si elle fait un nouvel AVC, elle aura à nouveau droit à l’ALD !
- Formidable, vous faites vraiment un beau métier.
- Le tableau, c’est le tabl...
- Bonne journée.
Résultat des courses : Mme N. ne vient plus me voir que 2 fois par an. Le pompon, c’est que si elle avait fait du kiné ou des séances d’orthophonie (pour rien), bref si elle avait consommé plus de soins (pour rien), elle aurait conservé son ALD (pas pour rien).
Déshumanisation et privatisation du système de santé, je crie ton nom. Mais bon : le tableau, c’est le tableau. Et le facteur humain, le patient pris en compte dans sa globalité médicopsychosociale, on peut se le carrer très, très profondément.
Quelque part dans un office sans âme, un bureaucrate atrabilaire au teint cendré se frotte les mains avant de tamponner un formulaire en quatre exemplaires : contrairement à moi, il a bien fait son travail.
Honteux... Marre de cette société pourrie... On veut se débarrasser des pauvres, des vieux, des malades...